Basile Bernard Reflexions, baratin et autres conneries sans consequences (enfin pas toujours…)

9juil/100

Première disparition

Phileas, l'ainé de mes enfants, nous a un jour fait une frayeur dont seuls les parents peuvent imaginer la portée.

Vers ses 2 ans, il nous sembla qu'il était temps de d'essayer de faire dormir Phileas dans un "grand lit", c'est à dire un couchage sans barreaux. Après quelques soirées passées à faire d'innombrables aller-retours dans sa chambre afin de le recoucher/ éteindre la lumière / le gronder / retrouver sa sucette etc..., nous finîmes par convenir qu'un peu de frustration de sa part et d'ignorance de la notre pourrait fonctionner, et nous le laissâmes alors à ses pitreries en considérant que le sommeil l'emporterait vite.

En effet, au bout de quelques instants - ces instants interminables pour des parents mais qui sont sommes toute ridicules, une fois mesurés objectivement grâce à la plus élémentaire des montres - le silence se fit. Afin de capitaliser sur cet apaisement qui laissait présager un endormissement rapide, nous attendîmes encore un peu avant d'aller constater la supériorité de la pénombre sur l'énergie enfantine.

En entrant dans la chambre, cependant, l'absence de Phileas me donna une curieuse impression. Le portail ouvert, la piscine à portée, tous les dangers du voisinage me venaient en tête pendant que je parcourrai la chambre à la recherche de l'agile petit disparu. La porte fenêtre toujours bien verrouillée, il était impossible qu'il soit sorti par la, et pourtant, force était de constater qu'il avait quitté la chambre.

En tentant d'afficher une sérénité confiante, je retournai dans le salon afin d'annoncer à mon épouse, calmement mais fermement, qu'il fallait se mettre à la recherche du plus grand de nos enfants sans tarder. Sans prendre le temps de se répartir les différents endroits où le rechercher, nous nous ruâmes à l'extérieur, dans le jardin, dans la rue, en faisant résonner le quartier de nos appels. Après ce qui nous parut être une éternité, j'eu malgré tout un doute sur la qualité de ma recherche initiale. Pour en avoir le coeur net, je retournai dans la chambre, et me souvins d'une cachette chère à mon fils. En effet, celui ci avait préféré la fraicheur du parquet et s'était endormi bien caché sous son lit en compagnie de sa sucette et son doudou. C'est maintenant le premier endroit où je regarde lorsque je le recherche, tant cet épisode nous a mis la peur au ventre...

22mar/100

La volte-face et l’ovin retors

Le Château de la Mothe est mythique pour plus d'une raison, et un épisode de la "vie de château" en particulier n'a rien à envier à la tragédie Shakespearienne. Abel, grand-père jamais à cours d'idées aussi sottes que grenues pour amuser ses petits enfants, avait fait l'acquisition de trois ovins dont un en particulier était habité par le (mauvais) génie des alpages. L'ironie de la fortune avait voulu que Brutus soit le nom choisi pour nommer le seul mâle de la triplette - car il est bien connu que les femelles ne mérite pas de dénomination particulière.

Le mode d'emploi du cornard était somme toute assez simple : Une fois dans le champ où paissaient les sus-dits moutons, toute l'astuce consistait à ne jamais tourner le dos au bélier sous peine de se retrouver rapidement sonné sur son séant. Quelque soit sa taille, l'ovidé se précipitait à peine avait-on le dos tourné sur l'intrus jusqu'au choc, ou jusqu'à ce qu'il se retourne. Les incursions dans l'alpage - notion très dévoyée dans l'Aube qui abrite le Château et n'est pas vraiment connue pour ses reliefs... - revêtaient tous les aspects du jeu "1 2 3 soleil" puisque le bélier se figeait dès qu'il apercevait le regard de sa cible. Ce jeu était d'ailleurs fort prisé chez les cousins Poux et assimilés, l'astuce étant de ne pas être le dernier à sortir du champ. En effet, la probabilité de se retrouver dos au bélier augmentant à mesure que les cousins quittaient le champ, la situation pouvait devenir plus dangereuse. Lucas a notamment fait les frais d'une percussion mémorable suivie d'un sabotage en règle (je ne résiste pas à l'envie de vous proposer ce néologisme "sabotage", les béliers ne disposant pas du pied nécessaire au piétinement )

12fév/1010

Savez-vous comment j’ai rencontré ma femme ?

Tous les médias passant leur temps à nous rappeler avec force publicité qu'il serait de bon ton de marquer d'une pierre blanche (ou serait-ce rouge...) le sacrosaint jour de la Saint Valentin,  voici que je me prête au jeu...

Pour protéger l'anonymat de ma femme Fanny ainsi que de moi-même, nous serons respectivement remplacés dans le billet suivant par Juliette & Roméo, mon goût pour la farce littéraire n'ayant d'égal que mon manque total de modestie.

Or donc, il advint, dans un passé pas si lointain que Juliette et Roméo, ne se connaissant point, déjeunèrent dans un établissement du front de mer. ( notez les rimes-z-et les z'allitérations... )

Juliette semblait fort aise de faire la conversation à quatre éphèbes visiblement captivés par son éloquence, à moins que ça ne soit par ses charmes, mais en aucun cas les deux puisqu'il est scientifiquement établi que la capacité multi-tâche d'un cerveau est la marque exclusive de la Déesse (qui habite, n'en doutons pas, la sublime Juliette)

Roméo quant à lui ripaillait avec nombre cousins, riant fort de paillardises et autres traits d'esprit de corps de garde.

Néanmoins, la beauté gitane de Juliette n'avait pas échappé à Roméo et il crut bon de chercher à croiser son regard. Icelle étant le centre de toutes les attentions ne rendit point d'œillade et le déjeuner continua son cours.

Jusqu'au moment où trois succubes connues dans nos régions sous le nom de "Miss" firent leur apparition, bardées d'écharpes rappelant leur titre et suivies par une foule de soupirants digne de la cour des miracles. Roméo, toujours ébloui par la beauté païenne de Juliette persistait à attendre son heure en observant sa tablée.

Les quatre éphèbes offrirent à Roméo le plaisir du premier échange. En effet, visiblement impressionnés par les artifices des Miss, ces quatre mignons avaient délaissé la conversation de Juliette pour se tourner, l'air hagard et la langue pendante vers les Canons de Beauté, qui tenaient plus à mon goût de la Grosse Bertha que d'une arme de précision... Juliette était aussi surprise qu'amusée par la situation et trouva le réconfort dans le regard de Roméo qui lui adressa son plus beau sourire afin de lui signifier qu'il avait saisi le manège et qu'il semblait le seul dans l'assistance à préférer les atours de Catalane aux caprices des reines de beauté.

N'étant ni l'un ni l'autre d'un naturel pressé, six mois passèrent pendant lesquels le déjeuner était la promesse quotidienne d'un regard, chacun chérissant le souvenir de ce sourire partagé. Jusqu'au jour ou Juliette disparut et ne vint plus aux rendez-vous tacitement convenus. Six mois passèrent encore et Roméo aperçut Juliette qui déjeunait entourée d'amies à la terrasse d'une guinguette de la ville. Pétrifié par le trac et l'idée que Juliette avait pu fuir leurs rendez-vous à dessein, Roméo passa son chemin et revint plus tard s'enquérir du nom de la belle auprès de ses amies.

Le lendemain, Roméo s'installa dans cette nouvelle guinguette et attendit que Juliette se présente pour déjeuner, bien décidé à reprendre le manège quotidien des œillades et des sourires muets. Point de Juliette - on apprendra plus tard que Juliette était retournée à l'établissement du front de mer en nourrissant les mêmes espoirs.

La mort dans l'âme, Roméo revint le lendemain et aperçu enfin l'objet de son affection sans parvenir à l'approcher, celle-ci n'ayant pas remarqué sa présence. Fort heureusement, accompagnée d'une courtisane, elle s'approcha de tenancier pour lui régler ses gages, et entrevit enfin Roméo. S'en suivit une discussion à voix basse entre Juliette et sa courtisane qui n'échappa pas à Roméo. Bien que sa vertu soit irréprochable, l'expérience amoureuse de Roméo lui suggéra d'attendre encore quelques minutes à la même table et il ne fut pas déçu en voyant Juliette et sa courtisane prétexter d'avoir oublié quelque artéfact féminin afin de retraverser la guinguette, observant ainsi d'un regard appuyé notre infortuné Roméo.

S'en suivit un échange de poulets - les jeunes générations apprendront qu'un poulet est un billet doux - et le reste de l'histoire appartient désormais à la postérité puisque l'union éclatante de Juliette et Roméo fut consacrée quelques années plus tard et que deux beaux enfants naquirent de l'incroyable couple.

30juil/091

Les chiottes de mirebel

Les histoires familiales regorgent de ces maisons un peu décrépies qui sont le théatre d'aventures mémorables. La maison de Mirebel, dans le Jura, ne faisait pas exception et était connu pour son confort spartiate. Des doublevécés d'un autre âge tronaient non pas dans la maison mais au fond du jardin, comme il se doit dans des maisons centenaires. Cette particularité prenait tout son sens au coeur de l'hiver où, en pleine nuit, une envie pressante saisissait les enfants.

Si cette envie était discrètement soluble dans un lavabo voisin, le cousin ainsi soulagé pouvait rejoindre morphée sans plus d'émotion, en prenant garde à ne pas se faire prendre par les générations supérieures. Lorsque ce besoin tenait plus de la commission, une expédition s'imposait, d'abord vers l'inquiétante cave qui débouchait sur le jardin, puis sur le lointain cabinet.

Généralement, une paire de chaussures adultes permettait de se rendre sur le trône. La véritable horreur commençait quand il avait neigé et que l'épais manteau imbibait le bas des pyjama, condamnant l'incontinent à sentir l'étreinte glacée
et humide sur ses pieds pour le reste de la nuit. Fort heureusement, les techniques scientifiques récentes nous permettent aujourd'hui de bénéficier du confort moderne, à savoir... le pot.

30juil/090

La chasse à la truite

Si le chateau de la mothe n'est plus très renommé pour ses eaux poissonneuses, il existe tout de même des histoires de pêche fameuses qui font la gloire des retrouvailles familiales. Lors d'inénarables vacances au chateau, des cousins chanceux purent assister à une partie de pêche très particulière. Ou devrais-je dire de chasse.

Une coutume locale veut que les meilleures cannes à peche soient faites en bois de noisetier, de ce noisetier qui pousse au fond des bois et met à l'épreuve les plus courageux des pêcheurs lors de leur quète pour la gaule idéale. Le noeud qui joint le fil et l'hameçon à ladite branche porte à lui seul la science de nombre générations de pécheurs agguerris. Enfin, l'emplacement où tremper sa ligne est un des secrets les plus jalousement gardé au monde, si bien que lors des pêches entre cousins, tout le monde se retrouvait simplement sur le pont plutôt que de révéler le décor de peches miraculeuses passées.

Lors d'une des ces pêches, il arriva qu'un poisson cher à Schubert s'aventurera bien en vue sous le pont, nargant la dizaine d'hameçons et provoquant ainsi un débutd'hystérie collective. N'y tenant plus, Lucas, plus célèbre pour la chasse au dragon que pour la pèche à la truite, se jeta à l'eau afin de terrasser la proie récalcitrante. L'on ne mangea point de poisson ce jour la, mais cette histoire nourrit les conversations depuis de nombreuses années !

30juil/090

La hache et le potager

Matthieu est le cousin le plus redouté de la famille Poux. Sa réputation d'égorgeur d'enfant (ou de voleur de poule, c'est selon) lui vient d'une histoire peu banale, même si certains détails de l'histoire écorchent un peu la légende dite "de la hache". Les cousins Poux & Bernard eurent l'heur de se voir confiés à Andres, jovial ibère réputé pour ses idées inovantes pour occuper la marmaille. Or donc, une chamaillerie démarra à mis chemin entre une hache et un potager, tous deux étant la propriété du grand père Abel.

Du haut de ses dix ans, pour mettre fin à la dispute, Matthieu jugea la hache plus contondante que le potager et s'avança vers votre serviteur dans l'intention de donner du poids à ses arguments. N'écoutant que mon courage, je mis entre mon cousin et moi la distance nécessaire à ma survie en contourant le potager.

Le potager est, comme chacun sait, une sorte de no man's land miné de nombreux commestibles que seuls les inconscients osent fouler aux pieds nonobstant l'ire du jardinier. Tout décidé qu'il était à me pourfendre, Matthieu n'en était pas moins respectueux des légumes sacrés. Hilare, je dus ainsi mon salut à l'exitence de quelques tubercules qui font encore parler d'eux aujourd'hui.

30juil/091

La brosse à dent de mundaka

La défense des animaux, sans être un combat quotidien, trouve généralement un écho assez favorable chez les bernard. Une annectote illustre cette noblesse de coeur plus que les autres, celle de la brosse à dent de mundaka. Les plus lettrés de nos lecteurs auront reconnu, soit en ayant recours à l'éthimologie, soit grâce à une connaissance géographique remarquable un village du nord de l'espagne, en pays basque, pour être précis.

Bien entendu, le terme "brosse à dent de mundaka" ne fait pas référence à une relique quelconque mais il s'agit bien de l'accessoire d'hygienne bien connu, utilisé en l'occurence sur la personne de Mundaka, un potok, soit une sorte de gros poney. En effet, lors d'une randonnée pédestre dans les pyrennées, les parents bernard eurent la bonne idée d'agrémenter le voyage d'un potok, afin de soulager les dos des uns et egayer les autres.

Ce potok, d'une nature plutot flegmatique, possédait une rangée de dents du plus beau jaune qui était sans doute le résultat de nombreuses années de mastication de boutons d'or. Quoiqu'il en soit, monsieur Bernard père s'était mis en tête que l'hygienne bucale du-dit bucéphale devait dorénavant être l'orgueil de la famille, et qu'en conséquence une scéance de détartrage musclée s'imposait.

Faisant don de sa brosse à dent autant que de sa personne, le grand Jacques s'élanca dans une épique étreinte du quadripède qui devait le laisser pantoi sur son fondement humide - puisque dans la rivière - dans une scène qui appartient désormais à la postérité d'un cheval hillare terrassant le patriarche vexé !

30juil/090

l’escalier de la cave

au hit parade des inventions les plus diaboliques se trouve en très bonne place le va et vient de l'escalier de la cave. Invariablement, lorsque quelqu'un devait descendre ses chaussures à la cave, un frère ou une soeur surgissait de nulle part, et attendait le moment fatidique pour éteindre la lumière de la cave, depuis le haut de l'escalier.

S'en suivait alors une guerre froide, chacun le doigt sur son interrupteur, où celui qui était en bas devait prendre de vitesse celui qui était en haut, afin de ne pas se retrouver dans le noir pour remonter. Lorsque cela arrivait, l'occupant de la cave revenait généralement vers l'interupteur le plus proche en s'éloignant de la sortie de la cave, mais pouvait dans ce cas rétablir la lumière salvatrice.

Au bout d'un certain nombre de tentatives, les plus courageux de la famille bernard que nous ne nommerons pas ici par respect pour les plus pleutres, arrivaient à surmonter leur peur des tenèbres pour arriver en haut de l'escalier, où ils trouvaient généralement porte close.
Après une lutte acharnée pour l'ouverture de la porte, l'assiègeant vaincu se résignait à laisser le passage à celui, triomphant de la pénombre, qui s'en sortait par un "tu crois p'tetre que j'ai peur du noir ?"

Les plus pleutres ont bien entendu survécu également grâce à une ruse consistant à allumer un autre lumière de la cave non commandée par le va et vient diabolique.

Encore aujourd'hui, le petit emplacement sous l'armoire de la cave sert souvent au stockage de chaussures que leurs propriétaires abandonnent autant par paresse que par peur du noir !

30juil/090

Les courgettes et le camembert

s'il y a bien un truc qui symbolise l'horreur chez les bernard, c'est bien la courgette ! a voir les vaines contorsions de lucas pour échapper au suplice de la courgette, un observateur non averti aurait a l'époque comparé les repas familiaux à une véritable inquisition, tant les simagrées de lulu etaient convaincantes !

Par extension, tout était prétexte à l'évocation de ce légume, et dès qu'on passait à table, le jeu consistait souvent à faire croire qu'il y avait des courgettes dans les plats ou il n'y en avait pas, et cacher le plus longtemps possible leur présence dans les plats qui en était composés.

Selon le cas, l'expression dégoutée de Lucas mélée d'une pointe de "c'est pas mauvais mais je mourrais plutot que de l'avouer" faisait place à des exclamations thriomphantes de ma part. D'autres fois, la recherche de la réponse à la question "y a t'il vraiment des courgettes dans la tarte aux fraises de maman ?" faisait planer un long doute chez Lucas, mis à profit par Léo, Margot et moi pour s'empiffrer.

Enfin, la victoire de l'ainé sur le cadet était totale lorsqu'était reproduite la fameuse publicité pour l'haleine fraiche, "ha'haaaa....!" en version camembert ponctuée par des protestations amusées des parents

25juil/090

Les Frères Jacques

Comme dans toutes les familles, une des grandes traditions à la fin de chaque repas regroupant les cousins était le "pestacle". Chez les Poux, où les cousins abondaient et où le nombre de prestations proposées permettait des représentation aussi hilarantes qu'interminables, le clou a longtemps été le final des "frères jacques".

En effet, quatre de mes cousins se trouvaient être à la fois suffisamment frères, sufisamment plus âgés et organisés pour donner à chaque opus de nos retrouvailles familiales une chanson convaincante du répertoire des sus-nommés frères jacques ( les vrais ). Conquis par leur interpretation sans faille qui ravissait l'audience, la dénomination de "frères jacques" est restée pour faire référence à cette fratrie que nous voyions finalement assez peu.

Il m'a fallu de nombreuses années et une écoute attentive de l'intégrale du célèbre quatuor pour déceler des incohérences d'âge et de pilosité entre mes "frères jacques" et de leurs "germains cousins" - l'inverse s'entendant de même, naturellement...
J'ai du depuis me rendre à l'évidence, mais j'oscille encore entre le déni et la mythomanie, et je ne désespère pas de toucher un jour des royalties pour avoir cru si sincèrement à ma parenté avec le tordant quartet...